Abdennour Bidar : la fraternité universelle

Le projet a commencé par quatre séances de débats menés par Mme Lorthios, Mme Courault, M. Mounir et les professeurs-documentalistes avec les élèves délégués de première. Il s’agissait de se demander en quoi consiste la fraternité et quels sont les obstacles qui s’opposent à sa réalisation. Les débats s’organisaient autour de l’expérience des élèves pour ensuite les relier à des concepts ou raisonnements plus abstraits. L’ensemble tenait à la fois de l’EMC (enseignement moral et civique) et de la philosophie. Les élèves ont rapidement compris les enjeux de ces séances qui ont été productives.

Puis nous avons accueilli au lycée Bérégovoy les élèves volontaires du collège des Courlis, accompagnés de professeurs et de leur CPE, pour un moment d’échange, mettant ainsi en pratique la notion de fraternité qui était le fil rouge de ce projet.

Enfin, un grand moment pour tous : nous avons rencontré Abdennour Bidar, philosophe et IGN (inspecteur général de l’éducation nationale) au lycée Raoul Follereau, accueillis par M. Millerat, proviseur. Placé au milieu des élèves, souhaitant par là se passer de l’artifice d’une estrade, Monsieur Bidar est parti de ce constat irréfutable : « Personne ne dirait qu’il n’a pas besoin de fraternité« . A partir de ce postulat, il a développé les raisons qui nous empêchent pourtant de fraterniser. Nous avons une conception du vivre ensemble trop faible : nous nous contentons de nous croiser, ou bien nous créons des cercles de fraternité qui excluent ceux qui n’en font pas partie. Une fraternité à double tranchant. Pourtant, nous avons tous le même questionnement « quel sens donner à notre vie ? » Or, ce questionnement, on doit y répondre justement à travers le vivre ensemble, une fraternité universelle et non particulière. Ce qui définit une vie humaine, c’est d’abord des prises de consciences telles que celles-ci et pour cela, il faut vivre des expériences concrètes. Cette conférence constituait d’ailleurs, de fait, une expérience de fraternité collective malgré les différences scolaires, sociales et culturelles existant entre nous.

Abdennour Bidar n’a pas hésité à donner la parole aux élèves à de nombreuses reprises, en les invitant à rebondir sur ses propos plutôt qu’à poser des questions. Face à l’objection selon laquelle on ne peut aimer tout le monde, le philosophe répond par une question : « Est-ce qu’il faut forcément aimer pour fraterniser? » Fraterniser, c’est se donner des buts ensemble. Cela passe par la confiance, basée sur le fait que le groupe est plus fort que l’individu. Comme au foot, où être individualiste permet de faire le malin, mais pas de faire gagner l’équipe.

Enfin, pour balayer les derniers doutes des élèves, M. Bidar déclare, à propos de l’impossibilité supposée d’une fraternité universelle : « C’est pas possible, mais on n’a pas d’autre choix que d’y arriver« . Une phrase qui, espérons-le, fera son chemin tout au long de la vie des élèves (et des adultes présents). Pour rester efficace et concret, M. Bidar nous incite à nous engager dans des associations. Agir relève de notre responsabilité collective.

Nous voudrions ici remercier M. Bidar pour son intervention qui marquera durablement les esprits par sa clarté, par sa force de conviction et par l’espoir qu’elle suscite.

Lien vers l’article du Journal du Centre